Manager autrement n’est pas juste possible : c’est vital !

De plus en plus de managers sont empêché·es de... manager. Pris·es en étau entre des objectifs financiers inatteignables et des organisations éclatées, ils et elles se retrouvent dépossédé·es de leur rôle premier : organiser le travail et permettre de bien travailler.

Image abstraite réalisée par Antoine Thibaudeau, mélangeant peinture acrylique, étoiles scintillantes et reflets aquatiques.

« Manager au XXIe siècle : missions impossibles ? » : les Rencontres d’Options, le 26 juin dernier, se sont ainsi saisies de cette réalité pour en débattre autour de trois tables-rondes. Devenir manager a pourtant longtemps incarné une certaine réussite. On y voyait un tremplin, une ascension sociale, une forme de reconnaissance. Mais le management, victime d’un capitalisme financier mondialisé, s’est technicisé, désincarné. Dans nombre d’entreprises et d’administrations, il ne s’agit plus de penser le travail, mais de le contrôler à distance avec des objectifs financiers court-termistes (le Wall Street Management).

Les managers deviennent courroies de transmission en exécutant des décisions prises ailleurs, souvent à l’encontre du réel et parfois préjudiciables à la santé des travailleurs et des travailleuses. Ils gèrent les plannings, les sous-traitants, les tableaux Excel, les conflits… Mais sans pouvoir d’agir ni sur le contenu du travail ni sur les choix stratégiques. Dans un monde du travail bousculé par l’intelligence artificielle, le télétravail, l’urgence environnementale, la financiarisation et le modèle start-up, beaucoup se sentent pris entre le marteau des objectifs et l’enclume du terrain.

Plus qu’ailleurs, des pratiques verticales et hiérarchiques

Selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas), les résultats de la France dans le domaine du management sont « médiocres », marqués par des pratiques très « verticales et hiérarchiques », une reconnaissance du travail beaucoup plus faible que dans les autres pays étudiés et une formation des managers« très académique et peu tournée vers la coopération ». Sans en partager toutes les préconisations, celles qui plaident pour une meilleure reconnaissance de la démocratie dans l’entreprise – à commencer par davantage d’écoute et plus de pouvoir pour les représentant·es du personnel (notamment dans les conseils d’administration et de surveillance) – sont à saluer.

Portées de longue date par l’Ugict, ces propositions font écho aux derniers baromètres « Opinions et attentes des professions techniciennes et intermédiaires » : 47 % des sondé·es y affirment que la préservation de la démocratie comme la lutte contre les atteintes à l’État de droit sont des défis à relever. Ils et elles sont 59 % à estimer que leurs employeurs ne les anticipent pas, alors que ces défis auront un impact dans le futur du travail. Pour ces professions comme pour les cadres, le déficit démocratique se vit au quotidien, si bien que 58 % souhaitent disposer d’un droit d’alerte et de refus dans l’exercice de leurs responsabilités.

Jamais le besoin d’un management plus humain, attentif aux réalités du travail, soucieux de sens n’a été aussi fort ! Le changement passera nécessairement par la prise de pouvoir sur le contenu du travail. Il faut sortir de la logique de la performance financière pour établir celle de la responsabilité économique, sociale et environnementale sur la base de la coopération, du respect des femmes et des hommes, et de la préservation des ressources terrestres. Le management ne doit pas être une technique d’optimisation et/ou de division des travailleurs et des travailleuses, mais une pratique sociale… collective.

C’est pourquoi l’Ugict-CGT porte l’idée d’un management alternatif qui renforce le collectif de travail et le travail d’équipe, respecte l’expertise et la technicité, ainsi que les déontologies et identités professionnelles. Permettre à chacun et chacune de jouer son rôle contributif implique de donner une vraie autonomie aux managers, de veiller à leur formation continue, de valoriser le management dans le parcours de carrière tout en accordant une place importante à la prévention, au débat contradictoire et à la transparence. Voilà les bases d’un management qui protège plutôt qu’il n’épuise ! Manager au XXIe siècle n’est donc pas une mission impossible. C’est un choix de société à gagner ensemble, pour permettre à chacun et chacune de faire BIEN… son travail.

Caroline Blanchot, secrétaire générale de l’Ugict-Cgt

Pour aller plus loin :