D’abord bonne année à tous et à toutes, malgré ce début chaotique et plus qu’inquiétant. Donald Trump attaque le Venezuela, le pays qui possède les plus vastes réserves pétrolières au monde, kidnappe son président et la femme de ce dernier, menace le Mexique, la Colombie, Cuba, le Groenland… et la liste est longue.
Le président américain a signé un accord avec Taïwan, qui prévoit que les entreprises de l’île investissent au moins 250 milliards de dollars pour développer la production de semi-conducteurs aux États-Unis. La Maison-Blanche atteindrait ainsi son objectif : relocaliser sur son territoire 40 % de la chaîne d’approvisionnement taïwanaise. Toute cela en échange d’une baisse des droits de douane sur les produits taïwanais de 20 à 15 %.
Le peuple iranien se mobilise dans un contexte d’effondrement économique, d’hyperinflation et de pauvreté. Il subit une répression violente, des exécutions, des arrestations de masse et des violations systématiques des droits humains. Les nouvelles sont encore plus inquiétantes quand le gouvernement coupe Internet. Et certains États rivaux, dont Israël qui bombardé le peuple iranien l’année dernière, cherchent à instrumentaliser la révolte populaire à leur profit.
Sortir l’Europe de la soumission aux États-Unis
Toutes ces nouvelles s’accumulent dans un contexte européen de dérégulation et de soumission aux desiderata des États-Unis.
Au sujet du Groenland, nous saluons la réunion rapide des ambassadrices et ambassadeurs à Bruxelles pour répondre aux sanctions économiques états-uniennes contre les pays européens indociles. Il est impératif de réagir avec la plus grande fermeté ; la Commission doit abandonner la politique d’apaisement observée depuis le retour d’Ursula von der Leyen à la tête de l’Union européenne. Comme les syndicats l’ont maintes fois affirmé, capituler face aux multinationales américaines et laisser la Silicon Valley dicter ses règles à Strasbourg constitue une trahison envers les citoyennes et citoyens, les travailleuses et travailleurs.
Encadrer le management algorithmique
Justement, le mois dernier, avec 451 voix contre 45 et 153 abstentions, les forces progressistes au Parlement ont approuvé un rapport de la commission de l’emploi et des affaires sociales (EMPL) prônant l’encadrement du management algorithmique. C’est une victoire pour les salarié·es et les syndicats face aux lobbies des entreprises.
Le projet de loi du Parlement donnerait aux travailleuses et travailleurs le droit d’être informés de manière transparente sur l’utilisation des algorithmes, d’être consultés lors du déploiement des systèmes, interdirait certaines pratiques intrusives et garantirait une surveillance humaine des algorithmes, entre autres normes minimales.
L’Union européenne dépendante des IA conçues ailleurs
Les syndicats ont été à l’avant-garde de cette lutte contre les algorithmes défaillants, qui mettent les cadres à la merci de systèmes automatisés non testés, non contrôlés et non réglementés. Nous espérons que cela marquera le début d’un changement de cap.
L’absence de réglementation a rendu l’UE dépendante de systèmes d’IA développés et exploités en dehors du marché unique. Les données d’Eurobaromètre montrent que plus de la moitié (51,3 %) des travailleuses et travailleurs européens étaient soumis à un management algorithmique en 2024, un chiffre en forte hausse ces dernières années.
Il incombe désormais à la Commission de répondre favorablement à l’appel du Parlement concernant les récentes allégations de malversations.
Feuille de route pour des emplois de qualité
En parallèle, la Commission européenne a lancé sa feuille de route pour des emplois de qualité à travers une première consultation des partenaires sociaux. Eurocadres, dans sa réponse, souligne la nécessité d’encadrer les politiques européennes relatives au travail en adoptant des directives sur :
- le télétravail et le droit à la déconnexion ;
- les risques psychosociaux ;
- le management algorithmique ;
- le respect du rôle des partenaires sociaux ;
- la sous-traitance ;
- la transition juste ;
- la formation professionnelle ;
- les clauses de non-concurrence.
Accord UE-Mercosur : c’est toujours non !
Ce mois-ci, et malgré la mobilisation paysanne et l’opposition de la France, le Conseil européen a adopté l’accord UE-Mercosur, un traité de libre-échange avec le Brésil, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay et la Bolivie qui était en négociation depuis 2000. Cet accord inclut une suppression progressive des droits de douanes, une ouverture des marchés agricoles et industriels et des engagements non contraignants en matière de développement durable, climat et droits sociaux…
Le texte ne contient aucune clause de travail applicable ni aucune sanction pour les entreprises qui violent les droits des travailleuses et travailleurs.
Or, selon une étude d’impact remise à la Commission, il y a encore des régions au Brésil où existent des « conditions de travail proches de l’esclavage » et où les restrictions des droits sociaux « limiteront toute augmentation significative des salaires réels ou toute amélioration des conditions de travail » dans le cadre de l’accord de libre-échange (1).
Cet accord va permettre aux entreprises européennes d’investir dans des pays caractérisés par des conditions de travail dangereuses et par l’exploitation des populations indigènes. Il est une source de concurrence déloyale qui aura des conséquences négatives sur les moyens de subsistance, les salaires, les conditions de travail et l’emploi des travailleuses et travailleurs dans des secteurs-clés de l’économie de l’UE.
