La préparation de la grève féministe du 8 mars 2026 ne se limite pas cette année à la seule égalité salariale ; elle vise aussi la reconnaissance de la valeur du travail. Pour l’Ugict-CGT, le 8 mars est un prélude aux élections municipales. Les femmes ingénieures, cadres, techniciennes, agentes de maîtrise (Ictam) – en fonction d’encadrement ou d’expertise –, majoritairement présentes dans les services publics de proximité (éducation, santé, action sociale, enseignement artistique, animation), sont les premières témoins de l’impact des coupes budgétaires et de la dégradation des services municipaux.
En articulant le combat féministe avec les enjeux électoraux, l’Ugict rappelle que l’émancipation des femmes passe par des services publics locaux forts (crèches, centres de santé, transports, éducation, logement) et des droits collectifs au travail (mobilité choisie, salaire égal, réduction du temps de travail, protection sociale) qui sont le seul rempart efficace contre la précarité et la « double journée » de travail. Pour les Ictam qui sont aussi des « fonctionnaires citoyennes », leur responsabilité est claire : refuser de piloter des politiques austéritaires qui frappent d’abord les usagères et leurs collègues.
Le refus de piloter des politiques austéritaires
L’un des axes les plus radicaux portés par l’Ugict-CGT dans cette campagne est l’obligation de résistance et de désobéissance. Face au risque de voir des mairies basculer vers l’extrême droite, le rôle du syndicalisme spécifique est d’interpeller les cadres territoriaux : quelle est leur responsabilité si on leur demande d’exécuter des politiques discriminatoires ou de pratiquer une « préférence nationale » illégale ? Quid de l’attitude des fonctionnaires en cas de remise en cause des libertés syndicales ?
L’Ugict revendique un droit de refus et d’alternative pour les encadrantes et encadrants qui refuseraient d’appliquer des politiques contraires aux valeurs républicaines et au droit international. Cette éthique professionnelle devient un acte de défense démocratique. Il ne s’agit plus seulement de gérer une ville, mais de garantir que le système administratif ne devienne pas l’instrument d’une idéologie d’exclusion, xénophobe et raciste (Cf. « Capital et extrême droite : fatale attraction », Options n° 685, automne 2025).
Dans les mairies, des cadres de direction et chargés de projet au cœur du réacteur
Face aux politiques libérales qui transforment les citoyennes et citoyens en consommateurs de produits rentables, la CGT prône la démocratie directe, c’est-à-dire le droit à la participation politique des travailleuses et des travailleurs. Les enjeux environnementaux – rénovation thermique des bâtiments, gestion publique de l’eau, cantines bio et gratuites – ne doivent pas être abandonnés au marché et à la concurrence, mais traités comme des besoins fondamentaux à satisfaire pour garantir l’émancipation des populations.
Les cadres de direction, mais aussi les chargé·es de projet sont ici au cœur du réacteur dans les mairies : ils et elles possèdent l’expertise pour accompagner la transformation sociale. L’Ugict appelle à une reprise en main de la gouvernance locale avec un management alternatif, des organisations de travail partagées pour qu’ils et elles servent le bien commun plutôt que les profits des grands groupes de BTP ou de gestion de l’eau. La commune doit redevenir le lieu où l’on expérimente la sortie du capitalisme par la gestion directe et l’implication citoyenne.
Un nouvel invité dans les élections : l’intelligence artificielle
Enfin, la massification de l’intelligence artificielle (IA) s’invite dans ces municipales. Entre la vidéosurveillance algorithmique et les outils d’aide à la décision administrative, le risque d’une dépossession démocratique est réel. L’Ugict-CGT exige une transparence totale sur les algorithmes utilisés par les entreprises et les collectivités territoriales. La technologie ne doit pas servir à automatiser l’austérité ni à surveiller les populations, mais à optimiser les services publics sous contrôle citoyen. Les techniciennes et techniciens du numérique ont ici un rôle de vigie : elles et ils doivent être les garants que la technologie reste au service de l’émancipation et non d’un contrôle social accru.
Face au morcellement des politiques publiques, il est urgent de restaurer une souveraineté populaire. Cette souveraineté n’est pas une simple incantation, c’est une exigence de reprise en main technique et politique : sur l’IA, sur l’environnement et les transports, pour que la planification écologique ne soit plus dictée par les marchés mais par les besoins de développement, de mobilité et de santé des populations. Cette exigence s’étend à l’alimentation et à l’éducation, où l’expertise des Ictam doit garantir un accès universel à des services publics de qualité et de proximité. En réinsérant ces enjeux dans le débat démocratique local, nous refusons que nos choix de civilisation soient délégués à des expertes et experts de cabinets de conseil ou à des intérêts privés. Il s’agit de rendre aux usagères et usagers du service public, aux travailleuses et travailleurs qui conçoivent ces services, le pouvoir de décider de la direction du progrès.
Les élections municipales de 2026 ne sont pas une simple consultation locale. C’est le moment où les ingés, cadres, techs et maîtrises, par leur expertise et leur position stratégique, peuvent choisir de devenir soit les architectes d’une démocratie locale vivante, sociale et écologique, soit de simples exécutant·es d’un système qui se fragmente. Pour la CGT, le choix est fait : celui de la résistance et du progrès social.
