L’actualité renvoie parfois d’étranges résonances. En décembre 2025, au moment où José Antonio Kast devenait le premier président d’extrême droite du Chili depuis Augusto Pinochet, Emanuil Ivanov, jeune pianiste bulgare de 27 ans, enregistrait les trente-six variations de Frederic Rzewski sur le thème de la célèbre chanson de (« Le Peuple uni jamais ne sera vaincu »), en soutien au président Allende. Composé en juillet 1973, l’air est devenu un symbole universel – de Santiago du Chili à Téhéran en passant par Bastia – de solidarité populaire et de résistance à l’oppression.
Engagement social et politique
Élève d’Eliott Carter et de Luigi Dallapiccola, émule de John Cage et de Karlheinz Stockhausen, Frederic Rzewski, pianiste américain d’origine polonaise disparu en 2021, ne concevait pas son rôle de compositeur en dehors d’un engagement social et politique. En 1971, il condamnait, dans Come together, la mort en prison d’un jeune activiste proche des Black Panthers. Neuf ans plus tard, il dénonçait les cadences infernales et aliénantes du fordisme avec Winnsboro Cotton Mill Blues.
Ses trente-six variations sur El pueblo unido datent de 1976. Elles célèbrent, à leur manière, avec une ironie mordante et des accents de Marche funèbre, le bicentenaire de l’indépendance des États-Unis, trois ans après le coup d’État meurtrier de Pinochet, avec la complicité de Richard Nixon et de la CIA. Toute ressemblance avec des événements récents en Amérique latine…
- Emanuil Ivanov (p.), Frederic Rzewski : The People united will never be defeated, 1 CD digital Linn.
