En 1539, François Ier instituait, par l’ordonnance de Villers-Côtterets, l’obligation du « langage maternel français » pour les textes administratifs et juridiques. C’est tout naturellement, en somme, que la Cité internationale de la langue française, créée le 30 octobre 2023, a pu prendre ses aises dans le château dûment restauré de cette petite ville de l’Aisne. C’est encore là que Molière joua son Tartuffe censuré à Paris, et que vécut le prolifique romancier Alexandre Dumas.
En ce moment, avec le concours éclairé de la Bibliothèque nationale de France et du Centre des monuments français, la jeune institution de Villers-Côtterets, entièrement vouée à la langue française et aux cultures francophones, propose l’exposition « Trésors et secrets d’écriture », riche de plus de cent manuscrits exceptionnels, dont certains n’ont pas été dévoilés au public depuis des dizaines d’années.
Décrire le monde et transmettre le savoir
Le parcours s’articule autour de diverses thématiques, depuis « Penser en français » où l’on découvre, grâce à des manuscrits savants, comment le français s’est progressivement affirmé et développé comme une langue écrite apte à dire le monde et à transmettre le savoir. En témoignent des manuscrits scientifiques des mathématiciennes Émilie du Châtelet (1706-1749), Sophie Germain (1771-1831) ou de L’Esprit des lois, de Montesquieu.
C’est ensuite « La littérature avant l’imprimerie », avec une vingtaine de documents allant du XIIe au XVe siècle, notamment, de Rabelais, le 5e livre de Pantagruel. Le magnifique Chansonnier cordiforme dit « de Jean de Montchenu » (voir illustration) ou La Chanson de Roland… « Le brouillon littéraire » qui suit s’attache à l’évocation de l’âge d’or du roman, avec des manuscrits spécifiques de George Sand, d’Hugo, de Dumas, de Flaubert et de Proust – ces deux derniers experts en corrections, rajouts et ratures – et de Céline (Mort à crédit).

© BNF, département des manuscrits Rothschild.
Lettres autographes de Mme de Sévigné, Racine, Voltaire
Au chapitre « Écrire pour soi, écrire sur soi : les manuscrits intimes » on se penche sur la propension, née au XVe siècle – de la part d’inconnus ou de gens célèbres – à consigner dans des carnets, souvenirs, histoires familiales, états d’âme et jugements sur leur époque. Voir les Carnets de Victor Hugo, ou le Journal de deuil, de Roland Barthes. La « correspondance » est à l’honneur, avec pour exemples des lettres autographes de Mme de Sévigné, de Racine, de Voltaire.
Du manuscrit médiéval enluminé jusqu’aux languettes de papier surchargées de corrections (dites « paperoles ») de Marcel Proust sur ses pages manuscrites, l’exposition « Trésors et secrets d’écriture » met en jeu, brillamment, le fait que « tout manuscrit est un témoignage vivant et unique de la langue, telle que les individus se la sont appropriée au fil des siècles ».
- Jusqu’au 1er mars 2026, à la Cité internationale de la langue française, château de Villers-Cotterêts, place Aristide-Briand, à Villers-Cotterêts (02).
