Vu d’Europe – Entraver la déréglementation annoncée

Alors que la Commission européenne tend ostensiblement l’oreille aux revendications patronales de réduction des normes, des rapports soulignent au contraire le besoin grandissant, dans la population, de davantage de protection sociale, sanitaire et numérique.

Publié le : 27 · 02 · 2026

Temps de lecture : 5 min

Image abstraite réalisée par Antoine Thibaudeau, mélangeant peinture acrylique, étoiles scintillantes et reflets aquatiques.

Bonjour depuis Bruxelles où, exceptionnellement, l’attention se porte sur Anvers. Et plus précisément sur le sommet qui s’y est tenu le 11 février à l’initiative des industriels de la chimie. De nombreux dirigeants nationaux dont Emmanuel Macron, ainsi que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et ses commissaires à la Concurrence (Teresa Ribera), au Climat (Wopke Hoekstra) et à l’Industrie (Stéphane Séjourné), ont débarqué dans la cité portuaire pour chercher désespérément, une fois de plus, l’approbation des grandes entreprises.

Suite à la déclaration patronale d’Anvers en février 2024, réclamant une réduction drastique de la réglementation, cette réunion était une fois de plus axée sur la suppression des protections des citoyennes, citoyens, travailleuses et travailleurs. À la veille d’un sommet du Conseil européen sur la compétitivité, les responsables de l’UE font tout leur possible pour marteler leurs priorités : les grandes entreprises, les grandes entreprises et encore les grandes entreprises.

Sur cette note optimiste, plongeons-nous dans le récapitulatif de ce mois-ci !

Vers une loi sur les « emplois de qualité »

Fin janvier 2026, Eurocadres a soumis sa réponse à la consultation de la Commission pour l’élaboration d’une loi très attendue sur les « emplois de qualité ». La contribution d’Eurocadres a souligné l’impérieuse nécessité de changer de cap pour donner aux travailleuses et travailleurs la priorité sur les profits des entreprises.

Dans notre réponse de 19 pages, qui répond à trois questions posées par la Commission avant l’élaboration de la loi, nous avons insisté sur la nécessité d’imposer des garanties minimales de protection des salarié·es. L’approche actuelle de la Commission nuit à notre santé, à notre compétitivité et à nos conditions de travail.

Télétravail et droit à la déconnexion

Des emplois de qualité ne peuvent être créés que dans un contexte de concurrence équitable au sein de l’UE. Or actuellement, les emloyeuses et employeurs qui se sont conformés à la réglementation européenne ont été lésés financièrement et ignorés tout au long de ces propositions globales.

À travers des actions sur le télétravail et le droit à la déconnexion, le management algorithmique, les risques psychosociaux, les clauses de non-concurrence et d’autres sujets, nous avons mis en lumière les domaines où nous estimons que la Commission doit proposer des mesures législatives. La réponse est disponible dans son intégralité ici.

Attentes sociales des travailleuses et travailleurs européens

Les données publiées en février par Eurobaromètre ont une fois de plus mis en évidence que le coût de la vie, l’économie, la santé publique, la pauvreté et l’exclusion figurent parmi les principales préoccupations des Européennes et Européens.

Les résultats d’Eurobaromètre montrent systématiquement que le collège Von der Leyen II est en décalage avec les réalités auxquelles sont confrontées les travailleuses et travailleurs. La sécurité économique, la justice sociale et une société européenne plus équitable sont malheureusement reléguées au second plan face à la politique de déréglementation réclamée par les grandes entreprises. Si ce constat n’est pas surprenant, il est révélateur.

Pour davantage de souveraineté face aux géants de la tech

Cette édition souligne la nécessité, pour l’Europe, de reconquérir sa souveraineté législative. Une très large majorité des personnes interrogées se disent inquiètes dans plusieurs domaines liés au numérique et aux plateformes en ligne. Désinformation, discours de haine, deepfakes et fausses informations générées par l’IA, protection des données personnelles, menaces sur la liberté d’expression, polarisation de la société, contrôle des réseaux sociaux par quelques grandes entreprises, indépendance des médias et manque de transparence des algorithmes ont tous été cités comme de sérieuses préoccupations. Elles ne se traduiront probablement pas par des mesures concrètes, mais ces informations devraient interpeller la Commission.

Investir dans l’amélioration des conditions de travail, instaurer des normes rigoureuses et encadrer les agissements des géants du numérique sont des mesures attendues par les citoyennes et citoyens, et pas seulement par les syndicats.

Pour une action contre la sous-traitance

Ce mois-ci, le Parlement européen a également voté en faveur d’une action contre la sous-traitance et les intermédiaires de main-d’œuvre, par 332 voix contre 209 et 33 abstentions. Le rapport, rédigé par Johan Danielsson, du groupe Socialists & Democrats, appelle la Commission à proposer une stratégie contre la sous-traitance, notamment en évaluant si la législation européenne existante couvre correctement les chaînes de sous-traitance.

Le rapport invite à une collaboration accrue entre l’Autorité européenne du travail, la police criminelle (Europol), les autorités nationales et les partenaires sociaux afin de prévenir l’exploitation des travailleuses et travailleurs au-delà des frontières. Il s’agit d’un premier pas encourageant, qui doit être suivi d’une initiative européenne pour lutter contre ce problème.

Nayla Glaise, présidente d’Eurocadres

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