Leonora Carrington aux yeux ouverts dans les rêves

Le musée du Luxembourg offre une rétrospective à cette artiste qui a écrit, peint et sculpté tout au long d’une vie marquée par les tragédies. On y découvre avec étonnement la prodigieuse fertilité de son imagination. 

Publié le : 16 · 03 · 2026

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Kati Horna, Retrato de Leonora Carrington (« Portrait de Leonora Carrington »), 1947, Photographie argentique, 25 × 20 cm.

Archivo Fotografico Kati y José Horna, Mexico.

Le musée du Luxembourg permet de prendre la juste et haute mesure de l’œuvre magnétique de Leonora Carrington, née en Angleterre le 6 avril 1917 dans une famille de riches industriels du textile. Elle entre très tôt, à Londres, à l’académie dirigée par le peintre français Amédée Ozenfant. C’est à Londres qu’elle s’éprend de Max Ernst, l’un des grands du surréalisme, expert dans la figuration poétique d’un univers peuplé à l’infini de surprenants songes caustiques. 

Le couple s’installe à Saint-Martin-d’Ardèche, dans une maison qu’elle et Max Ernst décorent admirablement de sculptures et de peintures. Il présente Leonora à ses amis surréalistes. Leonor Fini et Paul Éluard rendent visite aux deux amoureux, que Lee Miller photographie. André Breton publiera un conte de Leonora, La Débutante, dans son Anthologie de l’humour noir (1940). En septembre 1939, c’est la guerre. Ernst, sujet allemand, est emprisonné au camp des Milles, près d’Aix-en-Provence.

Internée à l’hôpital psychiatrique de Santander

Leonora, qui ne peut le faire libérer, suit des amis en Espagne, désormais sous la botte de Franco. À Madrid, elle est victime d’un viol collectif. Sa santé mentale en est atrocement ébranlée. Internée à l’hôpital psychiatrique de Santander, elle s’en évade et passe au Portugal où elle retrouve un ami, le poète et diplomate mexicain Renato Leduc. Un mariage blanc avec ce dernier lui permet de quitter l’Europe. 

À partir de 1942, c’est à Mexico qu’elle vit la plupart du temps, au contact des surréalistes locaux ou exilés, tel Benjamin Péret. Elle noue des amitiés, entre autres avec Frida Kahlo et le poète Octavio Paz. Elle écrit sans cesse (Le Cornet acoustique, La Porte de pierre…). Elle peint sans trêve. Elle prend part à un concours pour exécuter une Tentation de saint Antoine devant figurer dans un film du cinéaste américain Albert Lewin, The Private Affairs of Bel Ami (1947). Y participent également Salvador Dalí et Max Ernest, un temps revu, qui remporte ledit concours. 

Leonora Carrington, Queria ser pajaro (« Voulait être un oiseau »), 1950, huile sur toile, 120 × 90,2 cm. © Courtesy Weinstein Gallery, Los Angeles/Estate of Leonora Carrington/ADAGP/Michael Snyder. 

Le Mexique, sa terre promise 

Bientôt, elle épouse le photographe Imre « Chiqui » Weisz, dont elle a deux enfants, Pablo et Gabriel. Le Mexique, où Leonora Carrington s’est éteinte à 94 ans, le 25 mai 2011, aura donc été sa terre promise. L’exposition du musée du Luxembourg abonde en révélations surprenantes. La vie ardente et passionnée – comme on disait jadis – de cette femme au génie insatiable a pour corollaire une inspiration hallucinante, servie par une main sûre dans l’exécution, digne de la peinture de la Renaissance italienne. 

Nourrie en son enfance par les contes de fées et les histoires fantastiques de sa mère irlandaise, baignée dans les années fastes du surréalisme, quand s’ouvrirent en grand les portes du rêve et de l’inconscient, familière de la symbolique du tarot, subtilement imprégnée d’alchimie, de sorcellerie sublimée, de savoirs spirituels (le bouddhisme, la Kabbale…) et d’ésotérisme, l’œuvre de Leonora Carrington, que ce soit dans l’écrit, dans la peinture ou dans la sculpture, apparaît plus que jamais prophétique dans la révélation au grand jour d’un monde féminin secret. 

Jean-Pierre Léonardini

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