Il faut écouter Elsa Barraine (1910-1999). Pas seulement parce qu’elle fait partie de ces compositrices qui, comme d’autres avant et après elle, ont été invisibilisées par l’histoire officielle, mais aussi pour l’expérience sonore et l’incroyable puissance d’évocation de sa musique. Impressionniste au premier abord, la musique d’Elsa Barraine ne rêve pas pour autant le monde. Elle le scrute, le vit, le décrypte. Jamais, tout au long de sa carrière, elle ne dissociera la création de ses préoccupations humanistes, sociales, politiques.
Ses deux symphonies, qui datent 1931 et 1938, sont le reflet de sa personnalité hors normes. Reçue à la villa Médicis, à l’âge de 19 ans, elle s’inquiète de la montée du fascisme et de l’antisémitisme partout en Europe. Cela lui inspirera sa première symphonie, et des pièces significatives comme Trois chansons hébraïques et Pogromes. Pressentant la catastrophe arriver, elle écrit sa seconde symphonie, dite Voïna, qui signifie « guerre », en russe. De facture néoclassique, elle est traversée de dissonances et d’accents brutaux, guerriers, avant un retour à la vie dans le dernier mouvement.
À la suite des accords de Munich, elle adhère au Parti communiste, qu’elle quittera en 1949 en réaction à la « politique autocratique stalinienne ». Entre-temps, engagée dans la Résistance, elle échappe à plusieurs reprises à la Milice. Au lendemain de la guerre, elle revient à l’écriture et s’implique dans l’enseignement, reprenant la classe d’analyse d’Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris et s’impliquant dans la promotion du chant choral au sein de la Fédération musicale populaire, créée en 1932 par la CGT.
- Orchestre national de France, Cristian Măcelaru (dir.), Elsa Barraine. Symphonies n°1&2, Les Tziganes, Song-Koï, 1 CD Warner Classics. 17 euros.
