Du 25 avril au 25 octobre 1925, le Grand Palais accueillit l’Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Y participaient 20 000 créateurs et 21 pays, sauf l’Allemagne vaincue. Forte de 150 pavillons, cette manifestation de prestige avait pour but implicite de souligner la primauté de l’excellence française en matière de design, tout en exhortant au resserrement des liens entre la production manufacturière et le commerce de luxe.
L’actuelle exposition du musée des Arts décoratifs, aux si riches collections, « 1925-2025, cent ans d’Arts déco », ressuscite cette époque de forte émulation entre décorateurs, artistes, fabricants, magazines et grands magasins. Plus de 1 200 œuvres – mobilier, objets d’art, bijoux précieux, pièces de mode, dessins et affiches – racontent le faste, l’élégance et les paradoxes d’un mouvement dont persiste la brillante mémoire.
Une esthétique élégante fondée sur la géométrie
Né en Europe dans les années 1910, à la suite de réflexions concomitantes sur l’ornementation, l’Art déco prolonge les recherches de l’Art nouveau qui, dans l’architecture, la céramique ou la verrerie, prônait des formes inspirées des courbes végétales observables dans la nature. L’Art déco s’épanouit dans les années 1920, après le conflit monstre. Il met en jeu une esthétique élégante fondée sur la géométrie.

Décorateurs, architectes et fabricants rivalisent alors d’ingéniosité dans la conception de biens matériels où l’esprit moderne s’allie à la préciosité. Le coût élevé des matériaux utilisés et la finesse des techniques requises font indéniablement de l’Art déco un domaine réservé aux classes aisées. Pour s’en convaincre il n’est que de voir en ouverture de la visite, dans la nef du musée, l’évocation de l’Orient Express, parfait exemple de luxe ferroviaire et d’innovation concrète.
En complément, on peut admirer une cabine restaurée de l’ancien train Étoile du Nord et de trois maquettes d’un « Orient Express 2027 » réaménagé par l’architecte Maxime d’Angeac avec le concours de 30 corps de métier. Est également réinstallé le magnifique bureau-bibliothèque des appartements intimes d’une ambassade française, dû à Pierre Chareau, qui figurait en majesté à l’exposition de 1925. Tous les domaines de la création artistique et de la décoration sont représentés.
L’esprit ingénieux d’Eileen Gray cité à comparaître
On ne peut ici dresser l’inventaire exhaustif de tant de trésors d’une époque révolue. Il y a des laques et des vases de Jean Dunand, une veste réalisée par Sonia Delaunay, une robe de Jeanne Lanvin, de la vaisselle, des bijoux admirablement ouvragés… L’esprit ingénieux d’Eileen Gray (1878-1976) est largement cité à comparaître. Un temps oubliée, redécouverte, elle apparaît désormais essentielle dans l’époque concernée et bien au-delà. En un mot comme en cent, l’exposition du musée des Arts décoratifs, maison orfèvre en la matière, s’avère littéralement exceptionnelle.
- Jusqu’au 26 avril au musée des Arts décoratifs, 107, rue de Rivoli, Paris Ier.
