Eugène Delacroix dans intimité de son atelier-musée

Un nouvel accrochage met à jour, grâce à des traces mémorielles peu connues, les relations amicales et professionnelles du peintre de La liberté guidant le peuple et autres chefs-d’œuvre. 

Publié le : 13 · 04 · 2026

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Eugène Delacroix, Autoportrait dit « Portrait de l’artiste en Hamlet » ou« en Ravenswood » (vers 1821).

Grand Palais/RMN/musée du Louvre/René-Gabriel Ojéda.

C’est au cœur du quartier Saint-Germain-des-Prés, dans sa demeure-atelier du 6, rue de Furstemberg, qu’Eugène Delacroix, retiré du monde, s’éteignit le 13 août 1863, à l’âge de 67 ans. À quelques centaines de mètres de là à vol d’oiseau se trouve, en l’église Saint-Sulpice, son tableau magistral exécuté entre 1849 et 1861, Le Combat de Jacob avec l’ange. Son domicile, devenu musée national, abrite un nombre considérable d’esquisses, de croquis, de photographies, d’affiches et d’éléments de correspondance avec ses contemporains importants. 

« Une illustration idéale » du Journal de Delacroix 

Un nouvel agencement des collections, sous l’intitulé « Delacroix, un lieu, un artiste », permet d’approcher au plus près le grand maître romantique aux couleurs vibrantes, dont les toiles les plus fameuses (La Mort de Sardanapale, La Noce juive au Maroc, Femmes d’Alger dans leur appartement, etc.) trônent au Louvre. Lors de l’inauguration des lieux, en 1932, le peintre Maurice Denis définissait l’initiative comme « une illustration idéale » du Journal de Delacroix, dans lequel il consignait assidûment ses réflexions sur la peinture, la musique, la poésie et la politique. Il y évoquait aussi ses fréquentations et ses amitiés (George Sand, Chopin, Géricault, Ingres, Musset, etc.) ainsi que ses maîtresses.

C’est en effet ce que l’on découvre au cours de la visite, au moyen d’esquisses et de croquis qu’il conservait là sans les exposer. Si le musée, en tant qu’hommage, concerne la chambre du peintre, le salon est dévolu aux partisans et admirateurs de l’artiste, tels le peintre Henri Fantin-Latour et le poète Charles Baudelaire. Diverses manières de célébrer le maître des lieux sont représentées : avec des copies de ses tableaux, ou avec des peintures, sculptures ou écrits le figurant ou se référant à ses œuvres. 

Ses œuvres replacées dans le contexte de la création 

Dans la salle à manger, on accède à la vie privée de Delacroix. Des membres de sa famille, des amis, parfois de simples relations sont présentés dans les cartels en précisant, à l’adresse des visiteurs, les liens qui les unissaient à l’occupant des lieux. C’est enfin dans l’atelier proprement dit que sont replacées ses œuvres (croquis, esquisses préparatoires, études d’après des modèles, tableaux achevés) dans le contexte de leur création et de leur diffusion au cours du XIXe siècle. 

On n’est donc pas confronté au Delacroix des grands tableaux, aujourd’hui unanimement célébrés. Loin du bruit des salons de son temps, où son art fit d’abord polémique, voici l’homme privé, auteur d’un Journal (accessible chez 10/18) qui est en soi un chef d’œuvre littéraire. « Si la solitude sépare, écrivait-il, elle nourrit et affermit, elle tranche bien des liens qu’on ne coupe qu’à regret, mais elle permet de plonger des racines dans ce qui est essentiel. »

Antoine Sarrazin

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