Le « fonds Colette » de la Bibliothèque nationale de France est d’une richesse considérable. À travers plus de 300 pièces (manuscrits annotés, photographies, lettres, extraits de films, costumes, etc.), l’institution présente actuellement l’exposition « Les mondes de Colette », qui saisit les visages successifs de celle qui fut en son temps, aux dires jumelés de Claudel et d’Aragon, « le plus grand écrivain français ».
Claudine à l’école, ce roman qui fait scandale
Sidonie Gabrielle Colette naît le 28 janvier 1873 à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l’Yonne. Son père, Jules Colette, est percepteur, ancien militaire amputé de guerre. Sa mère, « Sido », a deux autres enfants d’un précédent lit.
Colette épouse, le 15 mai 1893, Henry Gauthier-Villars dit « Willy », de quatorze ans son aîné. Mondain, peu scrupuleux, il signe à sa place Claudine à l’école, ce roman qui fait scandale à sa sortie en 1900.
Premières chroniques dans le journal Le Matin
En février 1906, désormais plus ou moins affranchie de la tutelle de Willy – dont elle divorcera quatre ans plus tard – Colette monte sur scène pour la première fois, court vêtue d’un costume de faune, dans une pantomime intitulée Le Désir, la Chimère et l’Amour, suivie d’autres, qu’elle jouera jusqu’au début des années 1910. Cette année-là, elle vit avec Mathilde de Morny, dite Missy, sa compagne depuis 1906, qui acquiert pour elle, en Bretagne, la maison de Rozven. Colette publie La Vagabonde et signe ses premières chroniques dans le journal Le Matin.
En 1912, Colette perd Sido, sa mère adorée. Elle épouse Henry de Jouvenel, l’un des deux directeurs éditoriaux du Matin. Il est mobilisé en 1914. Colette le rejoint à Verdun, avant de vivre en « phalanstère » rue Cortambert, à Paris 16e, avec les comédiennes Musidora et Marguerite Moreno. En 1917, à Rome, elle assiste au tournage d’un film tiré de La Vagabonde. Après Mitsou (1920), elle publie Chéri, qui lui assure la reconnaissance du monde littéraire. Aragon en dira que c’est le plus beau roman sur la guerre de 1914, « parce qu’il se passe à l’arrière ».
Chroniqueuse des procès de la bande à Bonnot et de Landru
La vie de Colette est un grand roman vécu avec style, sous le signe de la liberté, accomplie à tout prix. En qualité de journaliste – sa carte de presse est exposée –, elle a notamment couvert les procès de la bande à Bonnot (1913), de Landru (1921), de Violette Nozières (1934)…
On édite et on lit encore Le Blé en herbe (1923) – écrit à partir de sa relation amoureuse avec son beau-fils, Bertrand de Jouvenel – Sido (1930), La Chatte (1933), La Maison de Claudine (1922), ses chroniques théâtrales d’une finesse insurpassable, ses souvenirs de music-hall, ses dialogues animaliers…
Au Palais-Royal, elle écrit au milieu de ses chats
À partir de 1925, elle a Maurice Goudequet pour compagnon. Ce dernier sera arrêté le 12 décembre 1941 du fait de ses origines juives, lors de la rafle dite des notables. Colette parvient, grâce à de nombreuses sollicitations et démarches, à le faire libérer du camp de Compiègne le 6 février 1942. Il se cache alors à Saint-Tropez puis, rentré à Paris, il vivra en semi-clandestinité jusqu’à fin de la guerre. Depuis 1938, Colette est installée à proximité du Palais-Royal. Elle écrit, au milieu de ses chats, dans Paris-Soir et Marie-Claire.
Elle s’éteint le 3 août 1954. Des obsèques nationales seront célébrées dans la cour du Palais-Royal, avant l’inhumation au Père-Lachaise. L’exposition abonde en images éloquentes de son existence à tous égards admirable, à l’égale de sa prose, d’une justesse de ton et d’une sensibilité uniques. Dans La Naissance du jour (1928), elle écrivait : « Imaginez-vous, à me lire, que je fais mon portrait ? Patience : c’est seulement mon modèle. »
- « Les mondes de Colette », jusqu’au 18 janvier à la BNF, quai François-Mauriac, Paris 13e.
Photo : Colette par Rogi André, 1947.
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