Singulier destin que celui d’Edmond Dédé. Né à la Nouvelle-Orléans de parents arrivés des Antilles françaises vers 1809, il est initié à la musique par son père, qui dirige alors une fanfare. Violoniste talentueux, c’est en 1852, à l’âge de 24 ans, qu’il écrit sa première partition. Cette mélodie intitulée Mon pauvre cœur est la plus ancienne composition connue d’un musicien créole de couleur. Car Edmond est noir, particularité d’autant plus rare dans le milieu de la musique à l’époque que l’esclavage n’a pas encore été aboli aux États-Unis – il le sera en 1865.
Installé en France en 1857
Avec l’argent gagné dans une fabrique de cigares au Mexique, il s’installe en France en 1857. Il suit en auditeur libre les cours au conservatoire de Fromental Halévy, célèbre pour ses opéras et ses opérettes. Bravant les préjugés racistes, il épouse une Française, Sylvie Leflet, et déménage à Bordeaux. S’ouvre une période faste où il enchaîne les opéras, symphonies, mélodies populaires, œuvres chorales… Il revient brièvement en 1893 sur sa terre natale, mais les portes de l’opéra et des salles de concerts lui restent fermées en raison de sa couleur de peau, ce qui ne l’empêche pas d’être ovationné dans les églises. Il mourra à Paris en 1903.
Morgiane ou Le Sultan d’Ispahan date de 1887. Sa partition, longtemps considérée comme perdue, a été retrouvée à Cambridge. Inspiré des Mille et une nuits, riche en rebondissements, cet opéra raconte l’amour et la vengeance et aura dû attendre 2025 pour être représenté sur scène. La musique de Dédé s’inscrit dans celle de son temps (Verdi, Massenet) et tient, cent vingt-trois ans après la mort de son auteur, une belle revanche.
Ulysse Long-Hun-Nam
- OpéraCréole Ensemble, Opéra Lafayette Orchestra, Patrick Dupré Quigley, Edmond Dédé. Morgiane ou Le Sultan d’Ispahan, 2 CD Delos, 24 euros.
