Quel meilleur sous-titre que Pépites le pianiste François Mardirossian pouvait-il donner à son deuxième album, Moondog ? Pour qui ne le connaît pas, Louis Thomas Hardin (1916-1999), alias Moondog, est devenu aveugle à l’âge de 13 ans suite à l’explosion d’une amorce de dynamite, il apprend le piano, l’orgue et le violon. Parti pour New York, il se fait musicien de rue, y vit, jouant ses propres œuvres, mêlées d’influences amérindiennes et jazz, parfois sur des instruments de son invention. À l’époque, il intrigue par sa longue barbe, ses habits et son casque à cornes de Viking. Revenu à des écritures plus anciennes – le contrepoint et le canon –, il se lie avec des figures éminentes de la scène classique (Stravinsky, Toscanini) et jazz (Benny Goodman, Leonard Bernstein).
Il suscite aussi, par son goût de l’ostinato et de la répétition, l’intérêt de deux jeunes alors inconnus, Philip Glass et Steve Reich, qui le tiendront pour le fondateur du minimalisme. Le caractère hypnotique et hors normes de sa musique séduira au-delà de ses premiers cercles : Frank Zappa, David Bowie, Stephan Eicher, avec qui il écrivit deux titres.
Passion pour Bach
Auteur de 800 compositions, Moondog – surnom hommage au chien de son enfance qui « hurlait à la lune plus qu’aucun autre chien » – est resté célèbre pour Bird’s Lament, dédié à Charlie Parker. L’album de François Mardirossian montre l’étendue de la richesse mélodique du natif du Kansas : sa passion pour Bach avec un Prélude et fugue en la mineur, digne héritier du Prélude pour luth BWV 998, une Mazurka toute chopinienne, un Santa Fe aux forts accents de Summertime (qui inspira qui, nul ne le sait), plus quelques surprises qui donnent le sourire, comme Pigmy Pig.
- François Mardirossian, Moondog. Pépites, 1 CD Ad Vitam, 19 euros.
