Édouard III est une des pièces de William Shakespeare (1564-1616) dont la composition demeure mystérieuse. Publiée d’abord anonymement en 1596, elle ne fut attribuée à Shakespeare qu’après sa mort, et il est probable que d’autres tragédiens, dont le jeune Christopher Marlowe, assassiné en 1593, y avaient mis la main. Cette pratique de mise en commun dans l’écriture était courante à l’époque.
Édouard III est une œuvre infiniment significative du théâtre élisabéthain. La guerre et le désir d’amour enflammé s’y mêlent inlassablement dans la figure d’un monarque belliqueux, conquérant, lancé au cœur d’un monde de batailles et de trahisons, dont l’enjeu n’est autre que la mainmise de la couronne d’Angleterre sur la France.
« Une sorte d’hommage au théâtre élisabéthain »
Cédric Gourmelon dirige la Comédie de Béthune, centre dramatique national des Hauts-de-France. Il note qu’il a été séduit par la pièce à la première lecture. « Elle est singulière dans sa forme, dit-il, car elle démarre dans le style tragique, d’une grande force poétique, pour se faire ensuite plus épique, en tirant parfois vers le tragi-comique. » Il estime que l’œuvre se situe à la perfection dans la voie royale du théâtre élisabéthain, « basé sur le plaisir du jeu, du récit et de la relation au public ».
Cédric Gourmelon précise son dessein en ces termes : « Dans ce sens, le projet est simple : proposer un spectacle joyeux, puissant, populaire, tout ce que l’on ressent à la lecture du texte. Enfin, il s’agit d’un texte généreux, dans le sens où il se prête au jeu, à la métaphore poétique et à la construction d’images théâtrales, chorégraphiques, à l’artisanat théâtral, à la machinerie, aux costumes, aux épées et aux boucliers. Nous ne bouderons donc pas notre plaisir. »
Aventure d’une ambition peu commune
Dix interprètes tout feu tout flamme participent à cette aventure d’une ambition peu commune, en ces temps d’étouffement délibéré de la création dans ce que l’on nomme encore le spectacle vivant. La scénographie est due à Mathieu Lorry-Dupuy. La traduction de la pièce, à quatre mains, est de Jean-Michel Desprats (à qui l’on doit les Œuvres complètes de Shakespeare dans la Pléiade) et de l’homme de théâtre Jean-Pierre Vincent, tellement regretté, mort du Covid-19 le 5 novembre 2020.
- Jusqu’au 22 février, au Théâtre de la tempête, Cartoucherie de Vincennes, Route du Champ-de-Manœuvre, Paris 12e.
