En 1991, le 2e Trophée Immopar se dispute à Paris. Jan Timman y bat successivement le Russo-Américain Gata Kamsky (vice-champion du monde), le Russe Anatoli Karpov (ancien champion du monde), l’Indien Wiswanathan Anand (futur champion du monde) et, en finale, le Russe Garry Kasparov (champion du monde en titre). Avec sa bonhomie, son sourire ravageur, son charisme tranquille, le grand Batave a mis le public parisien dans sa poche. Rarement, dans le monde des échecs, une personnalité aura autant séduit tout au long de sa carrière. Mais ne vous trompez pas, Jan Timman voyait dans les échecs « un combat, parce que avant tout, vous devez gagner ». C’était un formidable compétiteur.
« Mon père jouait, mon frère aîné aussi, racontera Jan Timman. Après mon 8e anniversaire, mon frère m’a pratiquement obligé à apprendre le jeu d’échecs. » Alors qu’il n’a que 15 ans, en 1967, Jan dispute le championnat du monde des moins de 20 ans, il termine à la 3e place. En 1971, il est maître international. Trois ans plus tard, la Fédération internationale des échecs (FIDE) lui décernera le titre de grand maître. En 1974, il remporte son premier titre de champion des Pays-Bas. Il en décrochera huit autres. Il a disputé treize olympiades au sein de la sélection des Pays-Bas, dont onze au premier échiquier. En 1976 à Haïfa (Israël), il remporte la médaille d’or en individuel au premier échiquier. Sa remarquable performance aidera l’équipe nationale à décrocher l’argent au classement par équipe.
« Best of the West »
Entre 1970 et 2000, il remporte une trentaine de tournois internationaux prestigieux. Dans les années 1980-1990, il dispute de nombreuses finales et demi-finales des candidats au titre mondial. Dans sa quête vers le titre suprême, il aura gagné quatre matches. « Je ne cherchais pas à me souvenir des coups de mes préparations, expliquera-t-il. Je cherchais à comprendre quelle direction prendre. Je ne notais que ce que je comprenais. Il est inutile de noter quelque chose que l’on ne comprend pas, car on ne va pas s’en souvenir. » Il accède une fois à la finale face à Anatoli Karpov, en 1993, mais perd le match avec 8,5 points contre 12,5.
Au début des années 1980, Jan Timman est incontestablement le meilleur joueur à l’Ouest. En 1982, sur la liste mondiale, il occupe la 2e place. L’arrivée du jeune Garry Kasparov va le reléguer à la 3e place. À partir du milieu des années 1980, personne ne pourra véritablement rivaliser avec les « deux K » : Karpov et Kasparov. Le Suédois Ulf Andersson et Jan Timman sont les deux seuls Occidentaux qui parviennent à les contrarier de temps à autre. Au cours de sa longue carrière, Jan Timman a battu Kasparov quatre fois, et quatorze fois (!) Karpov, dont huit fois avec les pièces noires. « Contre les meilleurs joueurs soviétiques, j’ai beaucoup appris », dira-t-il.
Une seconde vie dans l’écriture
À partir du début des années 2000, sans en faire vraiment l’annonce officielle, il se retire progressivement des grandes compétitions. Néanmoins, de temps à autre, il dispute des matches par équipe et des tournois en cadence rapide. La composition d’études sur les fins de partie et la rédaction de livres va désormais l’occuper à plein temps. Car le champion a une autre corde à son arc : l’écriture. Il a publié dès sa jeunesse, mais c’est une fois à la retraite qu’il va produire son grand œuvre. Dans la quinzaine ouvrages qu’il signe – chacun est un régal –, il analyse le jeu des champions, ses propres parties, les secrets cachés dans les études de finales. On y trouve, estime-t-il, « les plus extraordinaires exemples de beauté du jeu ».
Ayant côtoyé les plus grands de sa génération, il livre en outre des témoignages précieux et des anecdotes savoureuses. En 2022, la FIDE lui décerne le titre de maître de composition. « Un jour, racontera-t-il, j’ai rencontré un artiste peintre qui m’a dit : “Vous avez de la chance vous les joueurs d’échecs, vous gagnez votre vie simplement en pensant. Quant à nous, nous devons produire beaucoup plus que cela !” » Artiste en son genre, Jan Timman nous a quittés.
Éric Birmingham
Face à l’un des dix meilleurs joueurs du monde.
Jan Timman-Lev Polugaevsky
Tournoi AVRO (5e ronde), Hilversum, Pays-Bas, 1973. Défense sicilienne.
1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 a6 6.Fg5 e6 7.f4 Cbd7 8.Df3 Dc7 9.0–0–0 b5 10.Fd3 Fb7 11.The1 h6 12.Dh3!? (cloue le pion h et fait pression sur la case e6.) 12…0–0–0 13.Fxf6 Cxf6 14.Cd5 (à présent, c’est le pion e qui est cloué!) 14…Da5?? (14…Cxd5 15.exd5 Fxd5 16.a4! était sans doute l’idée des blancs.) 15.Cb3! (le formidable champion soviétique abandonne avant : 15…Dxa2 16.Cc3 et la dame est enfermée.) 1–0
Contre le champion du monde en titre
Jan Timman (2585)-Anatoli Karpov (2725)
Tournoi de Bugojno (5e ronde), Yougoslavie, 1978. Gambit dame.
1.c4 e6 2.Cc3 d5 3.d4 Fe7 4.cxd5 exd5 5.Ff4 Cf6 6.e3 0–0 7.Dc2 c6 8.Fd3 Te8 9.Cf3 Cbd7 10.0–0–0 (le coup le plus agressif !) 10…Cf8 11.h3 Fe6 12.Rb1 Tc8 13.Cg5 b5 14.Fe5 h6 15.Cxe6 Cxe6 16.g4 Cd7 17.h4 b4 18.Ce2 Fxh4 19.f4 c5 20.Fa6! Fe7 (mauvais est : 20…Tc6? 21.Fb5 Tb6 22.Fxd7 Dxd7 23.Txh4+–) 21.Fxc8 Dxc8 22.Cg3 f6 23.Txh6!! Cef8 (23…gxh6 24.Dg6+ Rf8 25.Cf5 Cxe5 ((25…fxe5? 26.Cxh6+–)) 26.fxe5 cxd4 27.Cxh6+–) 24.Th3 c4 25.Cf5 fxe5 26.fxe5 Dc6 27.Tdh1 Cg6 28.Cd6 Cdf8 29.Cxe8 Dxe8 30.Th5 Dc6 31.Df5 a5 32.e6! (menace 33.Df7 mat.) 32…Dxe6 33.Dxd5 a4 34.Tc1 c3 35.bxc3 bxc3 36.Txc3 Dxd5 37.Txd5 Ce6 38.Rc2 Rf7 39.Ta5 Cg5 40.Tc6 Ce4 41.Txa4 Cf6 42.Ta7 Cd5 43.Txg6! (le plus simple) 43…Rxg6 44.e4 Cb4+ 45.Rb3 Ff8 46.Tb7 (Karpov abandonne avant : 46…Cxa2 ((46…Ca6?? 47.Tb6++– Et sur : 46…Cd3 47.a4+–)) 47.Rxa2+–) 1–0
Une victoire lors d’un match contre Kasparov, qui l’emporta par 3 victoires, 1 défaite, 2 nulles)
Jan Timman (2640)-Garry Kasparov (2700)
Match Kasparov-Timman (3e partie), Hilversum, Pays-Bas, 1985. Partie espagnole.
1.e4 e5 2.Cf3 Cc6 3.Fb5 a6 4.Fa4 Cf6 5.0–0 Fe7 6.Te1 b5 7.Fb3 d6 8.c3 0–0 9.h3 Fb7 10.d4 Te8 11.Cg5 Tf8 12.Cf3 Te8 13.Cbd2 Ff8 14.a3 h6 15.Fc2 Cb8 16.b4 Cbd7 17.Fb2 g6 18.c4 exd4 19.cxb5 axb5 20.Cxd4 c6 21.a4! (gagne de l’espace et ouvre le jeu à l’aile dame.) 21…bxa4 22.Fxa4 Db6 23.Cc2 Dc7 24.Fb3 Fa6 25.Tc1 Fg7 26.Ce3 Fb5 27.Cd5 Cxd5 28.Fxg7 Rxg7 29.exd5 Ce5 30.Ce4 Cd3 31.Dd2 Ta3?! (correct était : 31…Cxc1! 32.Dd4+ f6 33.Txc1 De7 34.f3 Ta3) 32.Cf6!? Txe1+ 33.Txe1 Rxf6 (33…Cxe1?? 34.Ce8++–)
34.Dc3+ Ce5 35.f4
(voir diagramme)

35…Fa4? (Kasparov ne trouve pas le difficile coup de défense : 35…Rg7! 36.fxe5 dxe5=) 36.fxe5+ dxe5 37.d6! Dxd6 (forcé, sinon, c’est mat en e5.) 38.Df3+ Re7 39.Dxf7+ Rd8 40.Td1 Ta1 (40…Dxd1+ 41.Fxd1 Ta1 42.Dxg6 Txd1+ 43.Rf2+–) 41.Df6+! (41.Df8+ est la même idée tactique.) 1–0
Une jolie miniature.
Jan Timman (2566)-Geir Brobakken (1936)
La coupe Politiken, (1re ronde), Helsingor, Danemark, 2015. Gambit dame.
1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cf3 d5 4.Cc3 c6 5.Fg5 Fe7 6.e3 0–0 7.Fd3 Cbd7 8.0–0 b6 9.cxd5 exd5 (9…cxd5 est moins dynamique, mais plus solide.) 10.Da4 Fb7 11.Ce5 Cxe5 12.dxe5 Cd7? (12…Ch5! 13.Dh4 ((13.Fxe7 Dxe7 14.g4 c5 15.gxh5 c4 16.Fb1 Dg5+ 17.Rh1 Dxh5 18.f3 d4 19.Ce4 dxe3 avec deux pions et beaucoup de jeu pour compenser la pièce.)) 13…Fxg5 14.Dxh5 g6=) 13.Dh4! (menace mat en h7 et attaque deux fois le fou e7, les noirs abandonnent.) 1–0
Le problème du mois
Étude de Jan Timman, 1987.

Les blancs jouent et annulent.
Solution.
Solution :1.c5! e4 (sur : 1…f2 2.Fc4 Rg2 3.Rxc6 e4 ((3…f1D? 4.Fxf1+ Rxf1 5.Rd5+–)) 4.Rd7 f1D 5.Fxf1+ Rxf1 6.c6=) 2.Fd1!! e3 (après : 2…f2 3.Fe2=) 3.Fxf3! Rxf3 4.Rxc6 e2 5.Rd7! (5.Rb7 e1D 6.c6 Db4+–+) 5…e1D 6.c6 (la position est nulle.) 6…Dd2+ 7.Rc8 Re4 8.c7 Re5 9.Rb7 Dd7 10.Rb8 Db5+ 11.Ra7 Dc6 12.Rb8 Db6+ 13.Ra8! Dxc7 (c’est pat.) 0,5 – 0,5
